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Finzioni<p>Les <i>finzioni</i> (ou récits d'apparition en français) sont des récits de manifestations étranges et perturbatrices, d'intrusions dans le milieu visible de forces et d'entités appartenant au milieu caché et invisible. L'intrusion des entités du milieu invisible dans le monde visible se manifeste par porosité en certains endroits précis du milieu visible (croisements de l'espace, endroits liés au milieu aqueux, minéral …) à un moment particulier (passage de la journée ou de la nuit, heures symboliques …).</p> <p>L'espace d'expression majeure de cette porosité étant le rêve, nous regroupons au sein des finzioni toutes le formes de rêves mazzeriques (visions de la mort sous différentes formes, chasse individuelle et collective, <i>mupa</i>, vols nocturnes, rassemblements de <i>mazzeri</i>, <i>mandraca</i>, etc.). Sont également recensées les apparitions (esprits, êtres hybrides, sorcières, saints, vierge, etc.) et tous les phénomènes, signes et présages reconnus par les traditions orales (maisons hantées, parcelles de territoire taboues (<i>vardati</i>), morts soudaines inexpliquées, recherche de trésors enfouis, comportements étranges d'un animal, perception de souffle, de sons de voix, de visions, d'odeurs ou de parfum particulier, considérés dans le contexte de leur manifestation comme signes liés au milieu invisible).</p> <p>Ces récits sont le témoignage de faits réellement advenus, d'évènements authentiques vécus et transmis à la communauté par le témoin-narrateur. Pour qu'un récit puisse être qualifié de finzioni, il doit avoir des attributions temporelles, spatiales et personnelles connues. Ces récits ne sont donc jamais anonymes, se déroulent toujours dans un espace bien connu (village, lieu-dit, endroit spécifique), dans des conditions temporelles explicites.</p>
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Mythes<p>Le mythe est un récit primordial, d'avant l'histoire, d'un temps, d'un passé global (<i>in illo tempore</i> selon la formule de <a href="https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb119016520">Mircea Eliade</a>) au sein duquel milieu visible et invisible sont conjoints. Le mythe prend sa source au coeur d'une géographie sacrée, marquant ainsi les points de passage, les portes du milieu visible au milieu invisible, les lieux de culte et les lieux tabous de la religion ancienne (souvent recouverts au cours de l'histoire par d'autres monuments cultuels plus récents). Selon le <a href="https://shs.cairn.info/publications-de-don-mathieu-santini--755061?lang=fr">Professeur Don-Mathieu Santini</a>, le mythe primordial relève d'une relation conjonctive entre milieu visible et invisible dans un monde partagé par les hommes, mais également par les divinités et les esprits. Aujourd'hui, on ne retrouve ces mythes que sous forme d'éléments disparates dont la structure sacrée ne peut être devinée que par le recoupement de religiosités populaires et de rituels qui lui sont liés. Parmi les mythes, nous pouvons retrouver des récits traitant de divinités majeures maîtresses de l'initiation, du temps, des animaux, de la végétation et de la fécondité ou de leurs représentations animales. Sont également qualifiés de mythes, le récits évoquant les géants, l'apparition d'une espèce animale ou végétale, l'apparition de l'homme, la création ou destruction d'un monde ou d'un lieu, les sorcières se manifestant dans ou près des grottes (à ne pas confondre avec la sorcière des contes ou des <i>finzioni</i>), les fées se manifestant dans ou près des cours d'eau, les monstres ou animaux hybrides se manifestant dans des zones géographiques identifiées, les trésors enfouis (lorsque l'histoire est inscrite dans un topos sacré et de déroule en des temps immémoriaux) et enfin les divinités champêtres, esprits de la forêt, des sources ou de leurs représentations.</p>
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Légendes<p>La légende ou mythe politique, exprime le passage du religieux au politique. (Le terme religieux est à comprendre ici au sens de <a href="https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb11904302b">Marcel Gauchet</a> pour qui les religions évoquent les systèmes de croyances antérieures aux civilisations politiques Le sacré ne se manifeste plus ici comme une relation entre milieu visible et invisible mais procède plutôt d'un formatage au service d'une idéologie, qu'elle soit religieuse ou politique.</p> <p>Au sein des récits relevant du mythe politique ou de la légende, nous retrouvons ceux qui ont pour objectif de fonder un lieu, de conter un haut fait au service d'un pouvoir qui peut être politico-religieux ou généalogique. Des mythes primordiaux enrobés d'une littérature dédiée peuvent apparaître et nous relevons ainsi parmi les légendes, des récits traitant de miracles ou merveilles (<i>mirabilia</i>) opérés par des divinités ou des personnages importants appartenant aux religions du Livre (légitimation religieuse), de faits et gestes de personnages présentés comme historiques ayant réellement existé ou pas (fondations généalogiques et légitimations dynastiques), de villages abandonnés, de fondations de cités, de ville ou d'îles englouties, de monuments ou matériaux érigés ou déplacés, de batailles et conflits entre communautés, ou de pétrifications ou marques dans la pierre attribuées à une punition divine, au passage d'un saint, de Dieu, ou du diable.</p> <p>Ayant pour origine des enjeux de pouvoirs, ces récits peuvent permettre de retrouver des vestiges ou des témoins de luttes passées par le maillage de la geste héroïque et d'éléments mythiques. Cependant, certains se trouvent être totalement inventés au profit de la légitimation d'un pouvoir.</p>
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Contes<p>Les contes établissent une relation entre milieu visible et invisible par le biais d'une relation spéculaire, qui regroupe en miroir les peurs, les espoirs, les sentiments et les fantasmes du milieu visible associés aux figures de l'invisible tout en indiquant les passages qui y conduisent. Les codes symboliques du conte proposent un mélange de motifs relevant des passions humaines, des croyances populaires et des représentations d'archétypes que l'on retrouve dans la psychologie analytique jungienne (le héros, la quête, le dragon, l'épée, l'arbre de vie, etc.).</p> <p>Le conte propose de mettre en scène un monde fictif dans lequel les protagonistes et les événements témoignent du sacré sans en être la manifestation.</p> <p>Le monde mis en scène dans les contes n'est pas notre monde, la topographie est d'ailleurs purement imaginaire, mais il s'en nourrit cependant.</p> <p>Reposant sur un schéma narratif de type initiatique, les contes peuvent être envisagés comme autant de voyages intérieurs, de quêtes de soi, au sein d'un monde où l'initiation se fait transaction symbolique entre milieu visible et invisible. La caractéristique principale du conte étant certainement cette habilité à capter de larges pans de la sociologie humaine sur un temps long pour parvenir à dégager l'humanité à travers le prisme initiatique</p> <p>Les repères spatio-temporels au sein des contes relèvent de l'horloge cosmique qui règle les passages entre les milieux : le jour/la nuit, l'aube/le crépuscule, le milieu du jour/le milieu de la nuit pour les repères temporels ; le foyer, le village, les champs, la montagne, la forêt, la mer, pour les repères spatiaux vécus comme autant de limites à franchir selon les trois niveaux ascensionnels de ce qui est chtonien, terrestre et céleste.</p> <p>A l'intérieur de ces quêtes, nous retrouverons de manière systématique, des oppositions manichéennes tranchées (prince vs berger, riche vs pauvre, bon vs mauvais, beau vs laid, jeune vs vieux, etc.), un rapport à la justice reposant sur la vengeance où les mauvais personnages sont souvent châtiés de manière expéditive (tués par un procédé magique, brûlés sur la place publique, noyés, etc.) et également un pratique de la magie pour récompenser et punir.</p>



